Collapsing Now — Les Yakuzas

Collapsing Now — Les Yakuzas

Collapsing now est, rappelons le, un supplément pour Shadowrun 6 qui présente dix groupes et organisations susceptibles de croiser le chemin des shadowrunners. Cette semaine, présentation critique et aide de jeu autour du chapitre sur les yakuzas.

Lecture critique

Cette section de 18 pages qui clôt le livre traite des yakuzas, le célèbre syndicat du crime japonais. Très générique, elle a bien peu de liens avec le monde de Shadowrun. Elle omet aussi tout le riche contenu sur le sujet qui était présent dans les suppléments précédents, notamment dans Underworld Sourcebook (SR2) et Vice (SR4). On pourrait donc penser que ce chapitre s’adresse peut-être aux nouveaux venus dans le monde de Shadowrun ? Regardons en détail.

En tant que texte sur les yakuzas réels et contemporains, celui-ci n’est pas dénué de qualités, il résume assez bien ce que l’on peut lire dans les livres sur le sujet, sur la page Wikipédia ou voir dans les films. On nous présente un petit lexique japonais, l’histoire des yakuzas depuis le XVIIIe siècle, sa composition, son organisation, ses activités, les titres de sa hiérarchie interne et bien sûr les éléments emblématiques pour lesquels ils sont connus comme les tatouages ou encore le sacrifice du petit doigt. Le tout est à peine parsemé de termes shadowrunesques (BTL, Passage de la comète, etc.), pour faire bonne figure, mais sans que cela n’ait vraiment d’incidence. La fin du chapitre est un peu poussive avec de rapides sections sur les yakuzas à travers le monde trop courtes pour vraiment dire quelque chose et des caractéristiques de yakuzas types, trop génériques pour être utiles. La grande majorité de ce contenu est de l’ordre de la culture générale et n’est pas orienté vers une utilisation en jeu de rôle. Même pour quelqu’un de nouveau à Shadowrun, on en apprendra autant sur les yakuzas par internet – en lisant ce chapitre, on n’en saura guère plus sur comment tout cela s’intègre dans la société éveillée des années 2080.

L’autre problème de cette section est de ne pas avoir utilisé ce qui existait déjà dans le jeu et qui donnait pourtant aux yakuzas de Shadowrun leur saveur et leur couleur. La page du Wiki Shadowrun, qui reprend et résume tout le contenu officiel des suppléments parus, est, à ce titre, dix fois plus exhaustive et plus utile. Elle donne, en plus des noms de clans et autres diagrammes d’organisation, les interactions fondamentales des yakuzas avec les différents éléments clefs du monde comme les métahumains, la magie, la matrice ou encore leurs liens avec Mitsuhama. Hélas, rien de tout ceci n’apparaît dans la section de Collapsing Now. On notera aussi que l’aseptisation de Shadowrun en version 6, annoncée par le directeur de gamme Jason Hardy, bat ici son plein et que les auteurs veillent à ne présenter que des choses consensuelles ; le côté xénophobe et réactionnaire des yakuzas d’Underworld Sourcebook et de Vice n’a pas été repris. Une grande partie de ce qui faisait l’originalité de cette Mafia japonaise à Shadowrun n’apparaît plus ici.

J’ai donc trouvé ce chapitre le plus faible du livre : trop générique, trop aseptisé et sans intérêt pour le jeu. Quasiment aucun travail d’adaptation à Shadowrun n’a été fait et on a, ici, surtout un exercice de remplissage de pages. On lui préférera le supplément Vice qui, lui, traite vraiment des yakuzas à Shadowrun.

Aide de jeu : "Nous serions honorés de pouvoir vous aider. "

Berline Yakuzas

Les yakuzas sont très présents dans le monde de Shadowrun et les runners auront de nombreuses occasions d’avoir à faire à eux. Si vous souhaitez une version moins lisse, cette aide de jeu vous permettra de les mettre en scène. Voici une rencontre que le MJ peut intégrer dans n’importe quel scénario, histoire de pimenter un peu la situation.

1. Cadre et accroche

La scène initiale peut avoir lieu dans n’importe quel quartier de sécurité moyenne à faible (indice de A à D) où les runners viennent plusieurs fois dans un court intervalle de temps. Ils peuvent être en train d’observer un magasin, un entrepôt, de suivre une personne ou encore de poser des questions aux gens du quartier.

Il se trouve que les yakuzas ont justement une grande influence dans ce quartier : ils y ont de discrets drones de surveillance et de nombreux indicateurs garantissant la sécurité du “commerce”. Il se peut aussi fort bien qu’un ou plusieurs des faux SIN utilisés par les joueurs aient été créés et vendus par les yakuzas. L’apparition répétée des PJ éveillera donc rapidement leurs suspicions et dès leur deuxième apparition dans le quartier, ils viendront se présenter aux runners.

2. Bonjour

Un Japonais dégarni ayant l’air d’avoir une soixantaine d’années s’approche des PJ. Vêtu d’un élégant complet anthracite démodé, d’un imperméable et de chaussures cirées, il les salue en s’inclinant poliment. Il s’adressera de préférence à l’humain mâle le plus âgé du groupe :

– Bonjour. Mon nom est M. Saito, je représente le Kanaga-gumi. Nous serions honorés de pouvoir vous aider avec vos activités dans ce quartier. Si nous pouvons faire quoique ce soit pour vous, n’hésitez pas à me contacter, dit-il en leur remettant sa carte de visite.

Saito (voir fiche PNJ, plus bas) est très courtois et les yakuzas peuvent fournir toutes les informations, à propos du quartier ou de ses habitants, dont les joueurs peuvent avoir besoin. M. Saito propose aussi des “services additionnels”, comme de l’équipement, des services médicaux ou encore des hommes de main. Bien sûr, tout cela a un prix : environ 1.5 fois les prix du marché. Si les joueurs ne sont pas intéressés, le vieil homme terminera la conversation très poliment :

– Au revoir et n’hésitez pas à me contacter, si vous avez besoin de quoi que ce soit ou si vous avez le moindre problème dans le quartier. Nous sommes très soucieux de la tranquillité de ses habitants et de son commerce.

Le représentant des yakuzas peut, bien sûr, venir de n’importe quel clan conservateur, selon l’endroit où se trouvent vos joueurs. Le Kanaga-gumi est, lui, basé à Seattle après le schisme au sein des Yakuzas (voir Seattle 2072 p.175 pour les détails) ; il n’est constitué que de Japonais “pures souches” qui dédaignent magie et métahumains. Ils veulent faire le plus d’argent possible avec les runners et aussi leur faire comprendre que l’on ne fait pas de vagues dans le quartier sans leur assentiment.

3. Votre sécurité est notre priorité

Si les joueurs causent le moindre tapage, M. Saito arrivera immédiatement, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit dans son Mercury Cruiser. Le vieux japonais sortira de sa voiture noire et ira directement vers les PJ, même en pleine fusillade. Il ne semble pas craindre les balles (les gens censés, incluant la Lone Star et Knight Errant, savent qu’il serait imprudent de lui tirer dessus). Il fera son possible pour faire cesser les hostilités avec des gestes lents de vieillard puis s’adressera aux PJ.

– Malheureusement, nous ne pouvons tolérer ce genre d’actions dans notre quartier. Je dois vous demander d’arrêter et de bien vouloir partir. Vos actions vont nous demander de rassurer beaucoup de gens et de faire quelques réparations. Une contribution de ¥ 5.000 semblerait appropriée.

Le montant variera selon les actions et les dommages causés par les joueurs, toutefois, celui-ci sera élevé et d’au minimum ¥ 1.000. Les yakuzas n’aiment, ni se déplacer pour rien, ni les shadowrunners.

4. La fête scolaire

M. Saito appellera les runners à un moment où ceux-ci ne sont pas trop occupés pour les inviter à une petite fête à l’école du quartier. Il insistera, mentionnant qu’il veut profiter des festivités pour leur donner un petit cadeau en témoignage de sa bonne volonté. Il sera prêt à leur offrir une information ou un objet dont ils ont besoin et enverra même des voitures les chercher. M. Saito souhaite montrer aux PJ que les yakuzas sont des gens respectables et au service de la population. C’est aussi pour lui un investissement ; avoir des liens avec des runners peut s’avérer utile.

L’undōkaï de l’école est une fête sportive très populaire ; des enfants en uniforme paradent et s’adonnent à des épreuves d’athlétisme avec entrain. Le petit stade scolaire de béton usé est décoré de drapeaux et de belles tentures en RA. Des airs joyeux sortent des haut-parleurs et accompagnent les dragons virevoltant dans les airs et les feux d’artifice en ORA. Parents et d’enfants se pressent dans les gradins et autour des stands où sont distribués hot dogs et autres barbes à papa. M. Saito, en tablier blanc, est derrière l’un de ceux-ci à faire cuir des pains pour les hot dogs. Il invitera les joueurs à venir l’aider et à distribuer des peluches aux petits enfants. Il est jovial et débonnaire bavardant en toute simplicité avec les PJ :

– Vous voyez, avec les grandes corporations qui contrôlent tout maintenant, il n’y a plus grand-chose pour les petites gens. Il n’y a plus d’argent pour les écoles ni pour les sports… Alors, on essaye d’aider… On organise ce type d’événement. Il faut être solidaire, c’est très important de nos jours… Cela rapproche les familles, les voisins, la communauté et c’est bon pour les enfants de voir cela. Rendre les gens heureux tous ensemble, c’est ça qui compte le plus… Vous voyez cette petite fille, là-bas ? Et bien, c’est ma petite fille Keiko. Oui, je la mets ici à l’école publique avec les autres – comme tout le monde. C’est important de rester simple, de vivre normalement et de montrer l’exemple…

Dans la foule se trouvent des gens de toutes origines et même des métahumains. Si on lui pose des questions à ce propos, M.Saito sera philosophe :

– Oui, il y a des gens de partout et même des non-humains ici. Ce n’est pas leur faute, ils sont malheureusement nés comme ça.

M.Saito sera aimable et remerciera les runners d’être venus. Il leur donnera le cadeau qu’il leur avait promis et les fera raccompagner. Il espère que cette rencontre posera des bases cordiales pour leurs relations futures.

5. Un petit service

Une fin d’après-midi, M. Saito vient voir les runners avec plusieurs voitures. Il est de bonne humeur, même avec les métahumains :

– Aujourd’hui est une bonne journée, les affaires se sont bien passées!

Il s’adressera aux métahumains en souriant :

–  J’aurai besoin de vous pour un petit service, aujourd’hui, messieurs, si cela ne vous dérange pas. Mes hommes vont vous indiquer le chemin. Ce n’est rien de très compliqué et je vous en serai très reconnaissant…  Voici une avance.

Il tendra à chaque métahumain un créditstick de ¥ 500. M. Saito indiquera aux runners métahumains une des voitures, les autres venant avec lui.

Il est préférable que le MJ fasse d’abord jouer le groupe des runners humains : ceux-ci seront amenés dans un restaurant japonais de luxe où ils seront invités à un somptueux repas. Le tout est copieusement arrosé de saké et la soirée se terminera comme entre de vieux amis ; complètement ivres à chanter au karaoké avec M. Saito.

Faites ensuite jouer le groupe des métahumains. Dans la voiture, les yakuzas sont étonnamment sympathiques aujourd’hui. Ils les conduisent à un bar bondé, saturé de musique et d’animations holographiques. Ils sont conduits au sous-sol où ils trouveront un Japonais, torse nu, attaché sur une chaise en dessous d’une ampoule suspendue.

Sur une table à côté se trouvent du gros scotch, des cigarettes, un briquet et un cutter. Les yakuzas prennent place sur les caisses et s’allument des cigarettes à l’eucalyptus. L’un d’eux finit par dire :

– Allez-y… Défoncez-le. Il est à vous, faites-vous plaisir.

Si on leur demande pourquoi, ils seront évasifs :

– Il a manqué de politesse à monsieur Saito… Il a besoin d’apprendre… C’est un jeune…

Si les PJ sont peu motivés, les yakuzas leur donneront quelques créditstrick de ¥ 500 de plus et tabasseront un peu le gars, histoire de leur montrer comment faire. Les yakuzas veilleront toutefois à ce que la victime ne meurt pas. Si les métahumains refusent, les yakuzas hausseront les épaules et, déçus, les laisseront partir.

6. C’est regrettable

Si, à un moment ou à un autre, les joueurs ne payent pas les yakuzas ce qu’ils demandent ou n’acceptent aucun de leurs “services”, ceux-ci n’apprécieront pas. Ils n’aiment ni se répéter, ni perdre la face sur leur territoire, ni faire dans la dentelle. M.Saito enverra alors un tireur d’élite abattre l’un des PJ comme avertissement ; de préférence un métahumain. Le tireur attendra le meilleur moment et abattra sa cible par surprise et à longue distance, même en pleine rue si besoin. Le tir de fusil Barrett infligera 6P(SR6) – 9P(Anarchy) de dommages. Le but de l’attaque n’est pas forcément de tuer le PJ ; une ambulance appartenant aux yakuzas se tiendra tout près afin de récupérer immédiatement le corps avant que Doc Wagon n’arrive.

Si le PJ est mort, les autres joueurs recevront un élégant message de condoléances avec une invitation à un salon funéraire du quartier où le corps de leur ami est préparé pour un enterrement shinto. Une facture de ¥3.000 de frais d’enterrement sera aussi discrètement jointe.

Si le PJ attaqué n’est pas mort, il se réveillera dans une agréable clinique japonaise où il aura reçu les meilleurs soins possibles. Il recevra toutefois une facture de ¥3.000 de frais médicaux. Si le personnage ciblé était un métahumain, il se réveillera dans une bruyante clinique vétérinaire entre un orang-outang au bras plâtré et un chien récemment castré. Il aura survécu, mais avec des soins minimaux et de larges cicatrices – et bien sûr, les ¥3.000 de frais de soins.

7. Des amis fidèles

Si les PJ ont payé et travaillé avec les yakuzas en bonne entente, ils peuvent ajouter M.Saito à leurs contacts. Celui-ci pourra leur rendre à nouveau des services dans le futur, servir de référence auprès d’autres groupes de yakuzas ou encore les engager ponctuellement pour travailler pour lui.

PNJ : M. Saito

Saito a dans les 90 ans, mais il est fort bien conservé grâce à un excellent suivi médicalement. Il est né avant l’éveil du monde et a vu tout se transformer sous ses yeux au cours de sa longue vie. Il regrette les temps anciens ; celui d’avant la pollution, d’avant l’effondrement  des nations et d’avant l’apparition de la magie et des créatures étranges. Déterminé à vivre avec son temps, il reste fidèle aux valeurs traditionnelles de sa culture et croit que les Japonais doivent montrer l’exemple en organisant toutes ces choses nouvelles afin que chacun puisse trouver sa juste place. Il a fait toute sa carrière au sein des yakuzas, d’abord comme administrateur de bureaux, puis en prenant efficacement sa place sur le terrain pour monter devenir oyabun. La violence est, selon lui, souvent un mal nécessaire pour que tout rentre dans l’ordre et retrouve l’harmonie. Il ne déteste pas les runners et peut même les considérer avec paternalisme, voir essayer de leur trouver une place et une utilité. Si leurs relations sont cordiales, il leur donnera même parfois de petits cadeaux et les invitera à des cérémonies shinto ou bouddhistes. M.Saito peut devenir pour les joueurs une sorte de grand-père, à la fois bienveillant et impitoyable, qui partagera avec eux sa vision d’une société harmonieuse ; une société où chacun aurait sa place sous la direction éclairée des Japonais bienveillants.

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